Couchant d'août - Anatole Le Braz

Voici venir vers nous le soir aux yeux de cendre,
Clairs encor d'un reflet de la braise du jour
Dans le couchant d'août, ma mie, allons l'attendre,
Parmi l'or pâlissant de notre été d'amour.

Nous lui dirons : « Sois pur, soir pacifique et tendre,
Fraîcheur des champs brûlés, repos des membres lourds,
Oh ! ne te hâte point, soir béni, de descendre
Vers les grands pays d'ombre oh doit finir ton cours !

Laisse-nous savourer ton délice éphémère,
Passant sacré, porteur de l'urne balsamaire
D'où s'épand sur le monde un miel immense et doux.

Nos fronts que le soleil a brunis de son hâle
Déjà penchent... Du moins, prolonge un peu sur nous
Le mystique frisson de l'heure occidentale.

Et nous t'adorerons, ô soir, à deux genoux. »


Nuits de juin

Victor Hugo

L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

Victor Hugo, Les rayons et les ombres


Titre : Mois de mai.

Poète : François Coppée (1842-1908)

 

Recueil : Les mois (1878).

Depuis un mois, chère exilée,
Loin de mes yeux tu t'en allas,
Et j'ai vu fleurir les lilas
Avec ma peine inconsolée.

Seul, je fuis ce ciel clair et beau
Dont l'ardente effluve me trouble,
Car l'horreur de l'exil se double
De la splendeur du renouveau.

En vain j'entends contre les vitres,
Dans la chambre où je m'enfermai,
Les premiers insectes de Mai
Heurter leurs maladroits élytres ;

En vain le soleil a souri ;
Au printemps je ferme ma porte
Et veux seulement qu'on m'apporte
Un rameau de lilas fleuri ;

Car l'amour dont mon âme est pleine
Retrouve, parmi ses douleurs,
Ton regard dans ces chères fleurs
Et dans leur parfum ton haleine.

François Coppée.

 


Voici venir le mois d'avril - Robert Desnos

Voici venir le mois d'avril,
Ne te découvre pas d'un fil.
Écoute chanter le coucou !

 

Voici venir le mois de juin,
C'est du bon temps pour les Bédouins,
J'écoute chanter le coucou.

 

Voici venir la Saint-Martin,
Adieu misère, adieu chagrin,
Je n'écoute plus le coucou.

 


MARS

Mars, le mois des fous,
Qui s'amuse et bafoue
Les lois, même de la nature.
Un jour l'hiver perdure
Un autre, l'été semble être là.
Mars, long mois plein de falbalas
Où, la nature, enfin, s'éveille
Après de longs mois de veille.

Les animaux sortent de leur torpeur
Au milieu de ces jours trompeurs,
Dans un environnement prometteur.
Mais, rien n'arrête ce vilain rouspéteur,
Qui n'en fait qu'à sa tête,
Et, comme une vedette,
Annonce le retour du Printemps,
Dans une orgie de coloris, promettant,
L'éclosion de la vie insolente
Telle une immense vague déferlante.


Que j’aime le premier frisson d’hiver…

Alfred de Musset

Que j’aime le premier frisson d’hiver ! Le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;

 

C’est le temps de la ville. – Oh ! Lorsque l’an dernier,
J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J’entends encore au vent les postillons crier),

 

Que j’aimais ce temps gris, ces passants et la Seine
Sous ses mille falote assise en souveraine !
J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi !

 

Oh ! Dans tes longs regards j’allais tremper mon âme
Je saluais tes murs. – Car, qui m’eût dit, madame,
Que votre cœur sitôt avait changé pour moi ?

 

Alfred de Musset


Voici que la saison décline

Victor Hugo

Voici que la saison décline,
L’ombre grandit, l’azur décroît,
Le vent fraîchit sur la colline,
L’oiseau frissonne, l’herbe a froid.

 

Août contre septembre lutte ;
L’océan n’a plus d’alcyon ;
Chaque jour perd une minute,
Chaque aurore pleure un rayon.

 

La mouche, comme prise au piège,
Est immobile à mon plafond ;
Et comme un blanc flocon de neige,
Petit à petit, l’été fond.

 

Victor Hugo, Dernière gerbe


 

 

 

HAÏKUS LAVANDE

 

 

 

Un grand vent de fleurs

 

Caresse la plaine bleue :

 

Fragrance lavande

 

 

 

Jolis papillons

 

Empruntent à la lavande

 

Ses reflets d’azur

 

 

 

De mauve et de bleu,

 

Un océan de lavande

 

Ondoie au soleil

 

 

        Liliane Codant

 


JUILLET

 

Il vient d'arriver, ce fichu mois de juillet
Avec son cortège de journées ensoleillées
Et, de longues soirées, où la chaleur
Omniprésente, nous donne des envies d'ailleurs.
Le moindre souffle d'air, amène le bien être,
Et, pour l'emprisonner, on croise fenêtres
Et volets, vivant dans la douce pénombre
Juste, égayée des rais de lumière et d'ombres
Que créent les persiennes ajourées.
Et si certains, arrivent à aimer et savourer
Ces longues heures qui s'étirent, surchauffées
Je préfère de loin l'automne ébouriffé
Avec ses nuits fraîches et ses coups de vents
Laissant la plage et la chaleur aux estivants.

 

 

Dominique Sagne


Été

Et l’enfant répondit, pâmée
Sous la fourmillante caresse
De sa pantelante maîtresse :
« Je me meurs, ô ma bien-aimée !

 

« Je me meurs : ta gorge enflammée
Et lourde me soûle et m’oppresse ;
Ta forte chair d’où sort l’ivresse
Est étrangement parfumée ;

 

« Elle a, ta chair, le charme sombre
Des maturités estivales, —
Elle en a l’ambre, elle en a l’ombre ;

 

« Ta voix tonne dans les rafales,
Et ta chevelure sanglante
Fuit brusquement dans la nuit lente. »

 

Paul Verlaine